mardi 27 juin 2017

Les frères Karamazov (fin) - Dostoïevski

'Les frères Karamazov-Dostoïevski

Les frères Karamazov : le procès


Le piège machiavélique qui est tendu à Dmitri (et dans lequel ne peuvent que tomber, par la suite, les enquêteurs puis le procureur dans son réquisitoire) s'échafaude impitoyablement, autant par le biais des fausses preuves fabriquées par le vrai criminel que par la duplicité de l'entourage de Dmitri -duplicité que l'assassin a si bien su évaluer et utiliser- et aussi à cause du caractère fantasque et emporté de Dmitri, dépensier, buveur dont les déclarations emportées et extravagantes, les lettres absurdes écrites en état d'ivresse vont malheureusement se retourner contre lui, fournissant autant d'éléments à charge pour instruire le dossier.

Le réquisitoire du procureur est d'autant plus terrifiant qu'il énonce des considérations empreintes d'une clairvoyance indubitable quant aux possibles sentiments successifs éprouvés par Dmitri avant, pendant et après le drame mais qui sont hélas et avant tout tragiquement faussées, dès leur début, par les éléments de l'enquête qui semblent désigner l'accusé comme forcément coupable et seul coupable : considérations nulles puisque Dmitri est innocent. Mais Dmitri est désormais le seul à connaître la vérité et surtout à avoir intérêt à ce qu'elle éclate, et le procureur, aveuglé par son raisonnement et berné par les apparences, restera sûr de son fait et malheureusement tout-puissant. On assiste à la mise en marche d'un rouleau compresseur qui a pour seul but d'imposer comme certitudes des hypothèses basées sur des présomptions erronées afin de mieux écraser l'accusé.

Ces pages magistrales,  d'une puissance inégalable,  d'une si épouvantable tristesse et d'une dramaticité époustouflante deviennent pénibles à lire tant elles sont efficaces à décrire comment  et pourquoi les rouages de la machine judiciaire, engrenage prévu de manière diaboliquement prémonitoire par le véritable meurtrier, vont se refermer impitoyablement sur Dmitri Fiodorovitch Karamazov.

L'erreur judiciaire d'une part, qui guette la Cour et les jurés et risque de briser implacablement l'accusé pour un crime qu'il n'a pas commis, et d'autre part le sentiment amer de profonde injustice ressenti au travers de ces pages fascinantes impriment alors pour toujours ce procès dans la mémoire du lecteur.

Poignante en revanche, bouleversante, la plaidoirie de l'avocat qui monte une autre histoire, d'autres explications dex faits relatés par les témoins et rappelle au passage que "la psychologie est une arme à double tranchant" et se termine par des mots sublimes pour inviter les jurés à être sincères et à démontrer que, en l'absence de preuves irréfutables, la Russie et les Russes savent qu'il est plus juste de se montrer clément et s'en montrent capables.

Que dire sinon que ces chapitres sont exceptionnels et reflètent plus que jamais le génie absolu, infini de Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski !

Même si l'on se demande jusqu'à la fin de la toute dernière ligne ce qu'il adviendra de Dmitri, la scène finale, à la fois triste et tendre, sur la tombe d'un enfant, lance comme un appel à se souvenir des êtres aimés qui nous ont montré l'exemple et nous offre une petite note d'espoir, comme pour nuancer la tristesse et le pessimisme de ce roman.

Les frères Karamazov : un chef-d'œuvre exceptionnel et unique de par le souvenir enthousiaste, l'énorme émotion et l'empreinte indélébile qu'il laisse dans la mémoire mais aussi dans la conscience et le cœur du lecteur.




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire