mardi 23 mai 2017

Bill - Chris Loseus

'Bill - Chris Loseus

Bill - Chris Loseus 


Le début : 

Un avocat se prépare à rentrer chez lui après une éprouvante journée de travail. À son domicile l'attend un homme qui vient de tuer sa famille pour se venger de plusieurs épisodes pénibles du passé.


Mon avis :

Après "3600 Prospect Avenue" et "Chatsworth Creek" , très appréciés (avec une petite préférence pour le premier)  me voici plongée depuis hier dans un troisième roman de Chris Loseus.
Déjà, la couverture : j'adore, bravo à celui/celle qui l'a conçue.

Je vais essayer de dire ce que je pense du roman sans révéler trop de détails sur l'intrigue : pas facile.

Cette fois-ci pas de Fantasy-Fantastique :
C'est une histoire terriblement cruelle et hélas atrocement plausible, en tout cas jusqu'à un certain point de la trame.
Alors, mes impressions telles que je les ai ressenties et dans leur ordre chronologique :

La peur est là dès la première page, on est tout de suite "dans le bain" et ça c'est toujours positif.
Le deuxième meurtre, particulièrement odieux et sanglant, est trop détaillé à mon goût.
Les entretiens professionnels au cabinet d'avocats sont réussis, dureté et cynisme des échanges ainsi que l'ambiance générale sont bien racontés.
Très bon  le suspense lors de l'arrivée de Steve chez lui
Excellente pour la trame  cette alternance des scènes entre présent et retour au passé.
Très bien racontés les souvenirs qui reviennent, qu'il s'agisse de ceux de Steve ou de ceux de Bill.
Les personnages me semblent jusqu'à présent tous parfaitement crédibles de même que leurs sentiments et leurs réactions.
Je trouve le roman, dans son ensemble, extrêmement bien conçu et très réussi.

MAIS :

=> Terrifiante la scène dans les bois : l'auteur a voulu ajouter un motif de vengeance et un autre personnage pervers à la trame et au suspense : ça je le comprends mais les détails n'en demeurent pas moins beaucoup trop crus et d'une violence extrême : cette progression dans l'indicible a pour conséquence qu'à partir de ces lignes "Bill" n'est plus un roman "tous publics".

=> Il y a une grosse incohérence dans la manière dont Bill s'absente : quelle que soit l'intensité du trouble où le jette cette personne, cela n'a à mon avis aucun sens qu'il la laisse gérer "la situation" et cela oblige le lecteur à s'interroger sur la logique du personnage -et donc du roman-au lieu de continuer à se laisser entraîner par cet excellent suspense.

=> La 1ère phrase du chapitre 12 (dans "Un clou...") est d'une grande maladresse : jusqu'à présent le lecteur vivait la pression et la peur en direct ; et voilà que l'auteur, en s'adressant directement à lui, l'arrache à ses frissons et à la magie du suspense et lui rappelle que ce n'est qu'un roman :
le lecteur est obligé brutalement de suivre l'action de l'extérieur et ça gâche tout.

=> Par ailleurs : pourquoi, alors même que le meurtrier semble perdre de son agressivité, rajouter de l'horreur à l'horreur (fin du ch. 3  de "Tous réunis") avec des évocations d'une scène d'une extrême perversité et d'une violence insoutenable ?

=> Une grave et lourde erreur : impossible, inconcevable, invraisemblable que la victime de pareilles abominations appelle son bourreau son "pote des bois" : il est absurde et ahurissant d'attribuer une telle réplique à Bill car cela remet en question son statut indéniable de victime d'atrocités (ce qui va d'ailleurs à contre-sens de ce que semble vouloir exprimer l'auteur). Cette faute de jugement m'a, je dois le dire, profondément choquée.


=> Dans la dernière partie, le scénario  bascule dans un récit qui n'est plus vraisemblable car il fait abstraction de toutes les compétences et des moyens d'investigations que la police peut et sait utiliser pour parvenir à la vérité ;
Le scénario remet également en question, de façon extravagante, le bon-sens , l'intelligence et les énormes possibilités de contrôle dont disposent les plus hautes institutions parlementaires et institutionnelles des États-Unis (comme d'ailleurs dans toutes les  vraies démocraties) en rempart à toute situation de danger extrême créée par l'inconscience, l'incompétence etc. d'un  président en fonction.

N.B.:
La toute dernière page de "synthèse" est inutile : merci mais on vient de terminer la lecture du roman  et donc on a compris de quoi il retourne :-))

En résumé :
La trame, je le répète, est excellente, les personnages particulièrement bien étudiés et crédibles et j'en félicite sincèrement l'auteur.
Mais les détails sur les crimes passés et présents sont d'une violence insoutenable et si la cruauté, la perversité et le cynisme de certains personnages sont décrits de façon brillante, ils sont hélas aussi trop bien "illustrés". Certaines phrases sont tendancieuses : car même si la victime devient elle-même un bourreau, rien ni personne ne doit ni ne peut effacer ou remettre en question l'atrocité des sévices qu'elle a précédemment subis.

Étant donné que bien peu de lecteurs consultent les préfaces, afin de protéger les publics jeunes et/ou vulnérables je suggère l'ajout d'une ligne très explicite de mise en garde au début du livre, juste avant les première lignes.



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